Contamination

Le problème de la contamination est central lors de la réalisation de ses produits cosmétiques maison. En effet, là où pour des produits industriels de nombreux tests sont réalisés pour s’assurer de leur sécurité, il est évidemment difficile, voire impossible, d’effectuer la même chose à la maison. La sécurité de nos produits faits maison repose donc sur des bonnes pratiques qu’il faut connaître pour éviter ou limiter les contaminations.

La contamination désigne globalement l’envahissement d’un produit ou d’un organisme par un autre organisme, un polluant ou un métal. Dans le cadre des DIY cosmétiques ou ménagers, nous nous pencherons sur le risque de la contamination microbienne, à savoir la contamination du produit fabriqué par des micro-organismes tels que des bactéries ou des champignons. [1-2]

Un produit cosmétique fait maison peut être contaminé à différentes étapes :

Lors de sa fabrication et de son conditionnement :

  • Contamination par les matières premières / ingrédients

  • Contamination par les outils de fabrication

  • Contamination lors du conditionnement (emballage et air)

  • Contamination par le fabricant

Pendant son stockage et lors de son utilisation :

  • Contamination avant ouverture (formulations faiblement stabilisées)

  • Contamination après ouverture et lors de l’utilisation

Consommateur :

C’est le consommateur qui est la principale source de contamination lors de l’utilisation d’un produit. En effet, un manque de bonnes pratiques d'hygiène lors de l’utilisation est très fréquent, ce qui conduit à introduire des bactéries présentes sur notre corps dans le produit. De plus, les produits sont souvent conservés dans la salle de bain qui est un lieu chaud et humide, ce qui aide au développement des bactéries. [3-4]

Eau (ingrédient) :

Les produits à base d’eau ou d'eau florale sont les plus à risques en termes de contamination. En effet, les bactéries et champignons se développent dans un environnement aqueux (avec de l’eau). De plus, les eaux florales peuvent contenir des nutriments nécessaires à leur croissance. [3, 5]

Les contaminants :

En industrie cosmétique, les produits doivent passer un test appelé le “Challenge test”, qui est une “évaluation globale de la protection antimicrobienne d’un produit cosmétique” selon la norme ISO 11930. Cela permet donc de déterminer si le produit est susceptible de permettre, ou non, le développement de bactéries et champignons. Pour cela, on introduit des micro-organismes dans le produit et on observe leur croissance sur plusieurs jours. Les micro-organismes testés sont au minimum : Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus aureus, Escherichia coli, Candida albicans et Aspergillus brasiliensis. [6]

Plusieurs études [7-14] ont démontré que les micro-organismes les plus couramment retrouvés dans les produits cosmétiques déjà utilisés par le consommateur sont :

  • de l’espèce Staphylococcus (S. aureus et S. epidermis notamment)

  • Pseudomonas aeruginosa

  • Escherichia coli

  • de l’espèce Streptococcus

  • de l’espèce Candida

Mais on peut également retrouver d’autres bactéries plus ou moins pathogènes.

La plupart de ces bactéries sont dites commensales, puisqu’elles sont présentes dans notre corps sans être pathogènes. Cependant, on peut noter que si ces bactéries sont bien présentes sur nous, elles ne devraient pas l’être dans le produit. Elles ont donc été intégrées à cause de mauvaises pratiques d'hygiène quant à l’utilisation des produits cosmétiques. [15]

Les contaminations peuvent également être issues de la flore présente sur la peau, de champignons, et même de la flore digestive ! Tous ces pathogènes peuvent se trouver naturellement sur les surfaces, les contenants, les ustensiles... [7, 16]

Dans un milieu riche en nutriments comme un produit cosmétique, ces bactéries sont libres de se développer comme bon leur semble, atteignant des concentrations dangereuses ! Ainsi, quand vous appliquez le produit sur une zone sensible, comme une muqueuse ou une blessure, il y a un risque d’infection. [15, 17, 18]

De plus, ces bactéries sont dangereuses en raison des toxines qu’elles synthétisent. Ces dernières peuvent entraîner de graves complications si elles sont ingérées ou absorbées. [15, 19] En se développant, ces bactéries vont se nourrir et produire des déchets dans le milieu où elles se développent. Cela aura pour effet de modifier l'intégrité de vos produits et de changer la texture, l’odeur ou la couleur. Ils n’auront pas non plus les mêmes effets, voire, seront devenus irritants à cause d’une modification du pH de ces derniers.

Il faut bien garder en tête qu’on ne peut jamais éviter 100% des contaminations du produit lorsqu’on se l'applique. Il va donc progressivement se charger en contaminants, c’est pour cela qu’il faut renouveler sa trousse à maquillage régulièrement ! [20-21]

Afin de ralentir le développement des micro-organismes et de faire attention à vos produits, nous vous conseillons d'appliquer les bonnes pratiques et de vous renseigner sur la conservation.

Sources :

[1] « Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine ». Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.academie-medecine.fr/le-dictionnaire/index.php?q=contamination

[2] « contamination - Définitions, synonymes, prononciation, exemples », Dico en ligne Le Robert. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://dictionnaire.lerobert.com/definition/contamination

[3] M. DEBACKER, « CONSERVATION DES PRODUITS COSMETIQUES : EVOLUTIONS, RISQUES ASSOCIES ET STRATEGIES D’OPTIMISATION ». 18 mai 2018. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://pepite-depot.univ-lille.fr/LIBRE/Th_Pharma/2018/2018LILUE035.pdf

[4] A. Bashir et P. Lambert, « Microbiological study of used cosmetic products: highlighting possible impact on consumer health », J Appl Microbiol, vol. 128, no 2, p. 598‑605, févr. 2020, doi: 10.1111/jam.14479.

[5] X. Fernandez et A. Casale, « Eaux florales et hydrolats - Obtention, composition, conservation et applications », Techniques d’analyse, mars 2015, doi: 10.51257/a-v1-p3234.

[6] ISO, « ISO 11930:2019 ». 2019. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.iso.org/fr/standard/75058.html

[7] A. Bashir et P. Lambert, « Microbiological study of used cosmetic products: highlighting possible impact on consumer health », J Appl Microbiol, vol. 128, no 2, p. 598‑605, févr. 2020, doi: 10.1111/jam.14479.

[8] M. D. Lundov, L. Moesby, C. Zachariae, et J. D. Johansen, « Contamination versus preservation of cosmetics: a review on legislation, usage, infections, and contact allergy », Contact Dermatitis, vol. 60, no 2, p. 70‑78, févr. 2009, doi: 10.1111/j.1600-0536.2008.01501.x.

[9] A. A. Abdelaziz, M. S. E. Ashour, H. Hefni, et O. M. El-Tayeb, « MICROBIAL CONTAMINATION OF COSMETICS AND PERSONAL CARE ITEMS IN EGYPT—EYE SHADOWS, MASCARAS AND FACE CREAMS », J Clin Pharm Ther, vol. 14, no 1, p. 21‑28, févr. 1989, doi: 10.1111/j.1365-2710.1989.tb00217.x.

[10] A. A. Abdelaziz, M. S. E. Ashour, H. Hefni, et O. M. El-Tayebt, « MICROBIAL CONTAMINATION OF COSMETICS AND PERSONAL CARE ITEMS IN EGYPT—SHAVING CREAMS AND SHAMPOOS », J Clin Pharm Ther, vol. 14, no 1, p. 29‑34, févr. 1989, doi: 10.1111/j.1365-2710.1989.tb00218.x.

[11] M. S. E. Ashour, A. A. Abdelaziz, H. Hefni, et O. M. El-Tayeb, « MICROBIAL CONTAMINATION OF COSMETICS AND PERSONAL CARE ITEMS IN EGYPT—BODY LOTIONS AND TALCUM POWDERS », J Clin Pharm Ther, vol. 14, no 3, p. 207‑212, juin 1989, doi: 10.1111/j.1365-2710.1989.tb00239.x.

[12] Ö. Akgül et K. Bakan, « AEROBIC BACTERIA ISOLATED FROM USED COSMETIC PRODUCTS AND EVALUATION OF ANTIBIOTIC RESISTANCE », Ankara Universitesi Eczacilik Fakultesi Dergisi, févr. 2021, doi: 10.33483/jfpau.850561.

[13] F. M. Alshehrei, « Isolation and Identification of Microorganisms associated with high-quality and low-quality cosmetics from different brands in Mecca region -Saudi Arabia », Saudi Journal of Biological Sciences, vol. 30, no 12, p. 103852, déc. 2023, doi: 10.1016/j.sjbs.2023.103852.

[14] L. Dadashi et R. Dehghanzadeh, « Investigating incidence of bacterial and fungal contamination in shared cosmetic kits available in the women beauty salons », Health Promot Perspect, vol. 6, no 3, p. 159‑163, août 2016, doi: 10.15171/hpp.2016.25.

[15] L. Paolozzi et O. Dussurget, « Microbiologie », in Microbiologie, Dunod, 2021, p. 388‑411. doi: 10.3917/dunod.paolo.2021.01.0388.

[16] « Produits cosmétiques : attention aux nids à bactéries ! » Consulté le: 15 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/bacteries-produits-cosmetiques-attention-nids-bacteries-78806/

[17] E. A. Grice et J. A. Segre, « The skin microbiome », Nat Rev Microbiol, vol. 9, no 4, p. 244‑253, avr. 2011, doi: 10.1038/nrmicro2537.

[18] K. C. Chiller, « Skin Microflora and Bacterial Infections of the Skin ». 2001. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.jidsponline.org/action/showPdf?pii=S0022-202X%2815%2952901-1

[19] anses, « Staphylococcus aureus et entérotoxines staphylococciques ». mars 2022. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.anses.fr/fr/system/files/BIORISK2016SA0076Fi.pdf

[20] M. Arlat, M. Dion, H. Rakotoarivonina, L. Paolozzi, et J.-C. Liébart, Introduction à la microbiologie: microbiologie fondamentale et appliquée, 2e éd. actualisée. in Sciences sup. Malakoff: Dunod, 2023.

[21] J.-C. Liébart, « Microbiologie », in Microbiologie, Dunod, 2021, p. 81‑94. doi: 10.3917/dunod.paolo.2021.01.0081.