Conservation

Les conservateurs dans les produits cosmétiques sont des :

“Substances qui sont exclusivement ou principalement destinées à empêcher le développement de micro-organismes dans le produit cosmétique” . [1]

Ainsi, ils permettent de limiter le développement de bactéries et champignons. Cependant, ce ne sont pas des produits miracles, il faut donc continuer à avoir de bonnes pratiques d'hygiène et ne pas conserver votre produit au-delà des recommandations car le risque de contamination est toujours présent.

Les conservateurs sont à différencier des antioxydants qui ont pour but de protéger le produit des phénomènes d’oxydation, c'est-à-dire du vieillissement. L’oxydation est surtout présente dans les produits contenant des corps gras. Ce phénomène est notamment marqué par l’apparition d’une odeur forte et âcre, mais peut également changer la couleur ou la texture du produit ainsi que son efficacité. [2-3]

Dans les recettes de DIY cosmétiques, on retrouve malheureusement peu de conservateurs. L'importance de l’utilisation de conservateurs correspond aux risques de contamination des produits :

  • Les savons solides et les produits huileux (complètement dépourvus d’eau) n’ont pas nécessairement besoin d’ajout de conservateur.  [3]

  • Les produits à base d’alcool :

    Si les produits contiennent plus de 20% d’alcool, ils s’auto-conservent. Cependant, en dessous de ce seuil, il faudra ajouter un conservateur ou combiner l’effet conservateur de l’alcool avec d’autres facteurs empêchant la croissance bactérienne tels que le pH.  [4-5]

  • Les produits à base d’eau ou d’eaux florales :

    Ces produits font partie des plus à risques en termes de contamination (voir partie contamination). Il est ainsi essentiel d’utiliser des conservateurs dans ces préparations.

    • Eau stérile :

      L’utilisation d’eau stérile permet d’éviter d’introduire des micro-organismes lors de la fabrication. Cependant, si les bonnes pratiques d’hygiène ne sont pas respectées, les micro-organismes vont pouvoir se développer. Il faut donc ajouter des conservateurs.  [4]

    • Hydrolats et eau florale :

      Les hydrolats et eaux florales ont de très hauts risques d’être contaminés, il faut donc ajouter des conservateurs. Il est important d’avoir de bonnes pratiques d'hygiène et de suivre impérativement les consignes du fabricant. En cas de doutes sur son odeur ou son aspect, il ne faut pas l’utiliser.  [6]

      En ce qui concerne les réactions allergiques, chaque hydrolat va contenir certaines molécules contenues dans l’huile essentielle correspondante (notamment les alcools et molécules aromatiques). Cependant, ils ne seront qu’en concentration très faible (0,1 à 2%). Les risques sont donc quasi inexistants, mais ce dosage n’exclut pas le test d’application cutanée pour vérifier qu’il n’existe pas de réaction allergique à l’hydrolat. [7]

Pour les autres produits maisons, il faut faire attention aux bonnes pratiques et à l’ajout de conservateurs pour limiter le développement de bactéries ou de champignons.

Il est difficile d’estimer la durée de conservation des produits faits maison étant donné que, tout comme pour la mesure de contamination, cette durée est déterminée de manière expérimentale en laboratoire. Cette durée de conservation dépend de plusieurs paramètres :

  • La stérilité du milieu et des accessoires au moment de la préparation

  • La stérilité de la zone d’application lors de l’utilisation

  • La composition du produit, les matières premières et conservateurs

  • La méthode de conservation

  • Le type de produit : cosmétique ou ménager


De manière générale, les produits ménagers présentent moins de risques que les produits cosmétiques car ils ne sont pas appliqués sur la peau et contiennent des produits visant à l’élimination des organismes et impuretés pour le nettoyage. Le principal risque des produits ménagers faits maison est donc la perte d’efficacité du produit au fil du temps.

Quant aux produits cosmétiques, hormis si la recette que vous avez trouvée vous fournit une durée de conservation (bien qu’elles ne soient pas toujours exactes), le mieux reste de privilégier des petites doses, à utilisation unique, ou dont vous utiliserez l’intégralité dans un délai d’un mois. Pour les unidoses, cela évitera le risque de contamination lors de l’utilisation et au cours du stockage. Cette méthode demande en revanche de renouveler régulièrement le contenu de sa trousse de toilette.

Concernant le stockage de vos produits faits maison veillez à respecter les règles suivantes :

  • Conserver à l’abri de la chaleur

  • Conserver à l’abri de l’humidité

  • Conserver à l’abri de la lumière (placard ou contenant opaque)

  • Conserver dans un emballage neutre (de préférence du verre)

  • Conserver dans un contenant fermé hermétiquement

  • Conservez hors de portée des enfants

  • Conservez dans des placards séparés les acides et les bases

Appliquez la même méthode à chacune des matières premières de vos produits, en suivant les consignes des fabricants. Vérifiez également les dates de péremption. Pour vous aider, nous vous proposons une fiche de suivi des ingrédients.

Dans l’industrie cosmétique, seules les molécules indiquées dans l’annexe V du règlement

relatif aux produits cosmétiques peuvent être désignées comme des “conservateurs”.  [8]

Ainsi, il est possible d’utiliser ces conservateurs utilisés en industrie cosmétique.

A noter que parmi, les conservateurs de la liste, 5 sont autorisés en cosmétique bio [3] :

  • L’acide benzoïque et ses sels,

  • L’alcool benzylique,

  • L’acide salicylique et ses sels,

  • L’acide sorbique et ses sels,

  • L’acide déhydroacétique et ses sels.

Dans le commerce, on retrouve facilement l’alcool benzylique et l’acide déhydroacétique, sous les noms Cosgard® et Isocide®. [4] On retrouve également leurs sels, tels que le benzoate de sodium ou le sorbate de potassium.

Ces conservateurs peuvent provoquer des irritations cutanées, il ne faut donc pas les appliquer directement sur la peau. De même, ils peuvent causer des irritations des yeux, des voies respiratoires et ils sont nocifs en cas d’ingestion, il ne faut donc pas manger, boire ou fumer en les manipulant afin d’éviter toute ingestion ou inhalation.


Certains extraits naturels, notamment les huiles essentielles, ont également des propriétés conservatrices (antibactériennes, antifongiques et/ou antioxydantes).

Les huiles essentielles sont présentes dans une très grande partie des DIY cosmétiques et ménagers pour apporter de bonnes odeurs. Grâce à leurs molécules actives, elles ont également des propriétés variées : décongestionnante, tonifiante, calmante, anti-inflammatoire ,etc. ainsi que des propriétés conservatrices qui peuvent être exploitées pour vos recettes (mais ne doivent pas se substituer à un conservateur “officiel”). Cependant, à cause de ces molécules actives, elles doivent être utilisées avec une grande attention et précaution pour éviter, entre autres, des risques d’allergie ou d’irritation. [9] Ainsi, nous vous invitons à lire la partie dédiée aux huiles essentielles.

Vous y trouverez également un tableau listant les huiles essentielles retrouvées dans les recettes de produits cosmétiques et ménagers, leurs propriétés conservatrices ainsi que certains risques et conseils associés.


Bien que moins retrouvés dans les recettes de DIY, les extraits de plantes peuvent également avoir des propriétés conservatrices ou antioxydantes.

L’un des extraits les plus proposés, et facilement disponible dans le commerce, est l’extrait de pépins de pamplemousse (Citrus grandis) avec ses propriétés antimicrobiennes et antifongiques. [4]

D’autres épices et herbes ont également des propriétés antimicrobiennes [10], comme les extraits :

  • de thym (Thymus vulgaris)

  • de cannelle (Cinnamomum verum)

  • de gingembre (Zingiber officinale).

En industrie cosmétique, on peut retrouver des extraits d’algue rouge (Asparagopsis armata), de chèvrefeuille (Lonicera japonica) ou encore de lichen (Barbe de Jupiter) qui sont plus difficiles à acheter pour des particuliers.

Bien que ces dernières présentent de faibles risques, il est conseillé, comme pour les huiles essentielles, de faire des tests d’allergie.


Pour ce qui est des antioxydants, on peut citer les extraits de romarin (Rosmarinus officinalis) qui ont également des propriétés antimicrobiennes. Ils sont cependant à utiliser avec précaution à cause des risques d’allergie et de dermocausticité (ne pas utiliser pur), et sont déconseillés aux femmes enceintes ou allaitantes.
[9] Cependant, l’antioxydant majoritairement utilisé dans les DIY est la vitamine E ou tocophérol. [11] Une autre vitamine peut également être ajoutée comme antioxydant : la vitamine C ou acide ascorbique. [12] Dans les autres plantes, les extraits de thé vert (Camellia sinensis[13] et de grenade (Punica granatum) [14] sont également efficaces.  [4]

Enfin, les huiles végétales sont naturellement plus ou moins riches en antioxydants. Les produits contenant des huiles oxydables auront besoin de contenir un antioxydant tel que la vitamine E afin de protéger le produit, tandis que ceux avec des huiles peu oxydables n’en auront que peu, voire pas besoin. [4] Le tableau ci-dessous [15], rassemble certaines huiles essentielles utilisé en cosmétique, et les classe selon leur stabilité :

Quels conservateurs et antioxydants utiliser ?

Comment conserver ?

Sources :

[1] Règlement (CE) n o 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques (refonte) (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE), vol. 342. 2009. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: http://data.europa.eu/eli/reg/2009/1223/oj/fra

[2] A. Judde, « Prévention de l’oxydation des acides gras dans un produit cosmétique : mécanismes, conséquences, moyens de mesure, quels antioxydants pour quelles applications ? », OCL, vol. 11, no 6, p. 414‑418, nov. 2004, doi: 10.1051/ocl.2004.0414.

[3] « Les conservateurs et la cosmétique bio - Cosmébio ». Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.cosmebio.org/fr/nos-dossiers/2018-01-conservateurs-cosmetiques-bio-cosmebio/

[4] X. Fernandez, F. Merck, et A. Kerdudo, « Conservateurs pour cosmétiques - Généralités et conservateurs antimicrobiens », Formulation, sept. 2012, doi: 10.51257/a-v1-j2284.

[5] AFNOR, « NF EN ISO 29621 ». mai 2017. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://viewerbdc-afnor-org.buadistant.univ-angers.fr/pdf/viewer/DNSh7eeYOrM1?proxy=true

[6] « À quoi servent les hydrolats et eaux florales ? | Cosmébio ». Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.cosmebio.org/fr/nos-dossiers/2018-06-hydrolats-eaux-florales-ca-sert-a-quoi/

[7] « Comment vérifier et conserver la qualité d’un hydrolat ? » Consulté le: 15 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.compagnie-des-sens.fr/hydrolats-qualite/

[8] Journal officiel de l’Union européenne, « RÈGLEMENT (CE) N o 1223/2009 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL ». Consulté le: 15 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2009/1223/oj/eng

[9] M. Bouarfa, « Aromathérapie - Propriétés thérapeutiques et réglementation des huiles essentielles », Formulation, févr. 2019, doi: 10.51257/a-v1-j2309.

[10]K. Rybczyńska-Tkaczyk, A. Grenda, A. Jakubczyk, K. Kiersnowska, et M. Bik-Małodzińska, « Natural Compounds with Antimicrobial Properties in Cosmetics », Pathogens, vol. 12, no 2, p. 320, févr. 2023, doi: 10.3390/pathogens12020320.

[11] « TOCOPHEROL », COSMILE Europe. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://cosmileeurope.eu/fr/inci/ingredient/

[12] « ASCORBIC ACID », COSMILE Europe. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://cosmileeurope.eu/fr/inci/ingredient/

[13] « CAMELLIA SINENSIS POLYPHENOLS », COSMILE Europe. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://cosmileeurope.eu/fr/inci/ingredient/

[14] « PUNICA GRANATUM PEEL EXTRACT », COSMILE Europe. Consulté le: 9 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://cosmileeurope.eu/fr/inci/ingredient/

[15] « Comment vérifier la qualité d’une huile végétale ? » Consulté le: 15 mars 2025. [En ligne]. Disponible sur: https://www.compagnie-des-sens.fr/qualite-huiles-vegetales/